“A quoi sert d’être cultivé ? A habiter des époques révolues et des villes où l’on n’a jamais mis les pieds. A vivre les tragédies qui vous ont épargné, mais aussi les bonheurs auxquels vous n’avez pas eu droit. A parcourir tout le clavier des émotions humaines, à vous éprendre et vous déprendre. A vous procurer la baguette magique de l’ubiquité. Plus que tout, à vous consoler de n’avoir qu’une vie à vivre. Avec, peut-être, cette chance supplémentaire de devenir un peu moins bête, et en tout cas un peu moins sommaire.”

Mona Ozouf, historienne, auteur de La Cause des livres (Gallimard)


Existant grâce à une idée de Nicolas I, à l'aide avisée de David, Michel et Nicolas II (merci à ces quatre mousquetaires !), ce blog permet de proposer et partager des lectures. Après une rage monomaniaque autour de la nouvelle, le blog tente une percée en direction du roman-fleuve. Ce genre fera l'objet d'une rencontre amico-littéraire à une date non encore précisée. D'ici là, d'ici cette promesse d'ouverture, écoute et échanges, proposons des titres, commentons les livres déjà présentés, dénichons des perles, enrichissons la liste conséquente des recueils de nouvelles.


Chers amis, chers lecteurs gourmands, je loue et vous remercie de votre appétit jubilatoire sans quoi cette petite entreprise serait vaine.

Bonne lecture à tous et à bientôt pour de nouvelles aventures !
Isabelle

vendredi 3 avril 2026

Des petits trous dans le silence

Auteur : Patricia Grace (1937-)

Traduit de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Anne Magnan Park 

Éditions Au vent des îles 

C'est parce que je souhaitais qu'une certaine liste des recueils de nouvelles comprenne autant de femmes que d'hommes d'une part, et que tous les continents soient représentés d'autre part, que j'ai eu la chance de dénicher ce recueil qui, autrement, ne me serait jamais tombé entre les mains. Pensez donc, des nouvelles de Nouvelle-Zélande...

Combien heureuse est cette trouvaille, combien elle m'a fait voyager loin..., non seulement géographiquement mais dans la perception du monde, si différente de celle de l'Occident.

Volontiers rejeté par notre conception matérialiste et rationaliste du monde, l'invisible y est omniprésent, de manière discrète, nullement ostentatoire. L'autre monde s'invite dans celui que la plupart des Occidentaux considèrent unique, en créant de petits trous dans le silence assourdissant, aveuglant. Et cette manière de (perce)voir change tout. Elle aide la veuve à quitter le monde matériel et franchir la distance qui la sépare de son défunt mari. Elle décille les yeux de la femme qui a sauvé le naufragé, lui fait voir quel être de lumière il est. Elle fait connaître la lignée des ancêtres. 

Il y a quelque chose de profondément bouleversant dans la modestie des histoires et de l'écriture. Profondément bouleversant et paradoxal car de cette modestie - comment mieux dire ? Ténuité ?  Fragilité ? - naissent la présence, l'ouverture, l'espace, le souffle. Et là, a contrario, on entre dans quelque chose de grand, vaste, ample. Écriture aérienne, inspirante. Écriture bateau à voile, grand ciel, grand firmament, horizons lointains. 

Voici un livre qui m' a semblé me reconnecter à ce que j'avais perçu en Nouvelle-Calédonie : être plus proche de la nature, des bruissements du vent dans les arbres, des chants des oiseaux, des ancêtres. Il ne s'agit pas de baigner dans une béatitude lénifiante mais de s'ouvrir à une perception enrichie.

Plusieurs nouvelles de cette autrice renommée d'ascendance maori et irlandaise m'ont bouleversée, ouverte à un recueillement salutaire.

 

New Zealand author Patricia Grace. 


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