“A quoi sert d’être cultivé ? A habiter des époques révolues et des villes où l’on n’a jamais mis les pieds. A vivre les tragédies qui vous ont épargné, mais aussi les bonheurs auxquels vous n’avez pas eu droit. A parcourir tout le clavier des émotions humaines, à vous éprendre et vous déprendre. A vous procurer la baguette magique de l’ubiquité. Plus que tout, à vous consoler de n’avoir qu’une vie à vivre. Avec, peut-être, cette chance supplémentaire de devenir un peu moins bête, et en tout cas un peu moins sommaire.”

Mona Ozouf, historienne, auteur de La Cause des livres (Gallimard)


Existant grâce à une idée de Nicolas I, à l'aide avisée de David, Michel et Nicolas II (merci à ces quatre mousquetaires !), ce blog permet de proposer et partager des lectures. Après une rage monomaniaque autour de la nouvelle, le blog tente une percée en direction du roman-fleuve. Ce genre fera l'objet d'une rencontre amico-littéraire à une date non encore précisée. D'ici là, d'ici cette promesse d'ouverture, écoute et échanges, proposons des titres, commentons les livres déjà présentés, dénichons des perles, enrichissons la liste conséquente des recueils de nouvelles.


Chers amis, chers lecteurs gourmands, je loue et vous remercie de votre appétit jubilatoire sans quoi cette petite entreprise serait vaine.

Bonne lecture à tous et à bientôt pour de nouvelles aventures !
Isabelle

vendredi 12 mai 2023

L'homme foudroyé

 Auteur : Blaise Cendrars (1887-1961)

Éditions Gallimard. Collection folio.


C'est grâce à l'attrait toujours renouvelé pour l'Agrégation de Lettres modernes qui ne cesse, année après année, de me faire découvrir des textes et parfois même des auteurs - notamment en Littérature comparée - que j'ai lu ce flamboyant roman, celui d'un surdoué de l'écriture, d'un surdoué de la vie. C'est pourtant un type à qui le traumatisme causé par l'amputation de son bras gauche à cause d'une blessure à la guerre de 14-18 fait brutalement stopper l'écriture malgré de retentissants débuts. Voici donc l'homme foudroyé. Mais cet homme est foudroyé une seconde fois quand il retrouve le chemin du stylo, quand il retrouve l'envie d'écrire, se raconter, défier le soleil (regardez ci-dessous ce flambeur absolu en pleine lumière). L'incipit de ce roman est baigné de cette irradiation solaire, de cette puissance, de cet absolu. Vertigineuse entrée en matière qui m'a enthousiasmée par son rythme, son énergie et sa vitalité. 

Le début laisse la place au récit des mille moments uniques de sa vie si dense. Cendrars s'impose comme le jumeau d'Ulysse. Sa curiosité insatiable, sa totale absence de peur, son fol appétit de vivre, d'aimer, de faire l'amour lui permettent de partager avec le lecteur ce que personne d'autre n'aurait pu faire, ce que personne n'aurait eu l'audace crâne de faire. Et puis il y a cette écriture ! Quel style, quel génie des mots et du fil ! Sur les deux photos, celle sur la couverture du livre et celle à la James Dean, l'homme a une cigarette aux lèvres. Cette cigarette est le stylo. L'écrivain est un conteur, un rhapsode. Le texte jaillit de la bouche, trouve le chemin direct, coule, se répand.

S'il convient ici et là de recontextualiser le texte, notamment en ce qui concerne certaines considérations sur les femmes, l'ensemble est grandiose et quelques scènes ne peuvent être oubliées de sitôt. 

Il s'agit d'un très grand texte.


Grâce à ce lien, vous aurez accès à une très belle et très inspirante étude de ce livre effectuée par un professeur de l'Université d'Aix-Marseille.

https://cielam.univ-amu.fr/malice/articles/re-naissance-demiurge-blaise-cendrars-lhomme-foudroye

Grâce à ce lien, vous aurez accès à un magnifique article du site "En attendant Nadeau" : 

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2020/03/21/cendrars-agregation/

Grâce à ce lien, vous aurez accès à quatre émissions consacrées par France Culture à Blaise Cendrars :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-blaise-cendrars





lundi 8 mai 2023

W ou le Souvenir d'Enfance

 Auteur : Georges Perec (1936-1982)

Éditeur : Gallimard. Collection L'Imaginaire.


Quand il avait environ quatre ans, Georges Perec a perdu son père qui, bien qu'émigré, s'était engagé dans l'Armée française au début de la 2e Guerre mondiale. Mort au combat en 1940. Cet homme était courageux et juif, ce qui lui a valu de n'avoir aucune reconnaissance de l'Etat français. Également juive, sa femme restée seule n'a reçu aucune aide, bien au contraire. Ayant compris l'ignominie en oeuvre dans cet État pourri jusqu'à la moelle, elle a tout fait pour sauver son jeune enfant. À l'âge de six ans, celui-ci a été en urgence hissé dans un train en partance pour une colonie de vacances dans le sud. Il n'a plus jamais revu sa mère qui a fini ses jours dans un des lieux de honte infinie où ont fini leurs pauvres jours tant et tant de ses compagnes et compagnons d'infortune.

W ou le souvenir d'enfance est un texte unique en son genre : la fiction d'une organisation qui semble permettre l'épanouissement optimal d'athlètes accomplis. Mais petit à petit, chapitre après chapitre, ce qui correspondait à une sorte d'idéal de l'olympisme se révèle être un jeu sadique dans lequel les individus sont soumis au hasard, à l'aléatoire puis bientôt et sans aucune retenue au vice le plus abject, à la perversité la plus totale.
En alternance, d'autres chapitres sont le récit autobiographique de la recherche éperdue de l'écrivain sur ses parents, ses origines, son enfance, la disparition de ses parents, les circonstances de leur décès. Les indices, les témoignages des uns et des autres sont ténus, infimes. Quelques bouts de paroles, une photo écornée. Rien, presque rien.

La fiction quasi fantastique comble les lacunes du récit autobiographique morcelé, indigent, aux trous béants.
Voici bien sûr un livre très important du 20e siècle, écrit par un homme pour qui l'écriture est un lien essentiel avec la vie et les autres, un homme qui écrit W, qui écrit La disparition pour lutter contre l'oubli, la béance, le néant. 
Livre inoubliable.

Grâce au lien ci-dessous, vous trouverez les quatre émissions de "La compagnie des oeuvres" consacrées par France Culture à Georges Perec.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-georges-perec-mode-d-emploi

Grâce au lien ci-dessous, vous trouverez l'enregistrement et la vidéo d'une rencontre autour de Georges Perce, d'un hommage qui a eu lieu aux Champs libres à Rennes :




dimanche 7 mai 2023

De Venise à Venise

Auteur : Pier Maria Pasinetti (1913-2006) qui aimait à être appelé P. M. Pasinetti

Traduit de l'italien par Soula Aghion
Éditions Liana Levi


En 2018-19 se trouvait sur le chemin qui me menait à La Sorbonne Nouvelle une jolie librairie attirante et richement achalandée dans laquelle ce livre fut un jour mis en valeur. Après avoir été aimantée par le titre, j'ai été subjuguée par le fulgurant début situé de manière peu habituelle dans le cabinet d'un dentiste, Alvise Balmarin. Bientôt le narrateur nous apprend que le centre de son attention de scripteur ne sera pas Alvise mais sa fille Giovanna. Autour de cette belle et remarquable jeune fille gravitent les membres et les connaissances de trois anciennes familles vénitiennes qui, 
dans les années 1920, habitent trois étages différents d'un même immeuble situé dans le sestiere de Dorsoduro. Parallèlement l'auteur rend compte du fascisme qui se développe et bientôt triomphe en Italie, gangrénant les esprits et toutes les sphères de la société. Il faut bien la sagesse d'Alvise pour ne pas se laisser entraîner dans les méandres sans issue de l'idéologie mortifère dominante.

Un personnage éminent qui ne cesse de se montrer dans les cercles du pouvoir politique et religieux fait figure de clown pitoyable au service d'une Idée au-dessus de tout qui évince tout ce qui est humain tandis que le dentiste est présenté dans son quotidien modeste, et, justement, son humble et bouleversante humanité.

La narration utilise deux procédés : la soit-disant réminiscence de faits s'étant déroulés des dizaines d'années auparavant et le point de vue d'un "narrateur omniscient". Il y a là une grande richesse qui peut parfois perdre un peu le lecteur, de la même manière que les incessants allers-retours entre les années vingt et plusieurs moments plus tardifs dont fait partie l'ultime moment fictif d'écriture des souvenirs. 

J'ai beaucoup apprécié la tentative de rendre compte des incohérences, des trajets serpentins, revirements, et minuscules pensées, infimes sensations de certains personnages, un peu à la manière de Nathalie Sarraute. Comme toutes les oeuvres importantes, ce livre pose la question de son écriture. Comment rendre compte de l'infinité des choses ? Que la narration doit-elle choisir ?

J'ai été subjuguée par le début, disé-je, et tout à fait bouleversée par la fin. Certains personnages me resteront longtemps en mémoire : Alvise, Giovanna, mais aussi cet autre sage, Edoardo Bialevski qui, après une longue vie qui a traversé les deux guerres partage ce qui lui semble être la quintessence de son parcours : "Pensez-en ce que vous voudrez, le tableau reste celui-ci : dans chaque partie du monde, des anthropoïdes acéphales toujours renouvelés projettent et exécutent de nouveaux carnages. Eh bien moi je dis (...), et cetera : Ohne mich. A blague on both your houses. Qu'ils aillent tous se faire foutre."

Nous sommes en 2023, cette pensée est toujours désespérément d'actualité.

Venise, ville-rêve à dormir debout, est célébrée pour sa musique, son architecture et sa peinture mais ses fous d'amour ont également écrit des oeuvres inoubliables. Michel et moi ne ratons pas une occasion d'aller saluer très amicalement mais aussi avec une certaine émotion Joseph Brodsky, un autre transi qui a écrit ce joyau qu'est Acqua Alta. Et il existe à La Sorbonne Nouvelle un cours intitulé "Le motif vénitien dans la littérature"...

Vous trouverez grâce à ce lien l'article paru dans Le Monde lors de la mort de P. M. Pasinetti :

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2006/08/10/pier-maria-pasinetti_802565_3382.html


dimanche 9 avril 2023

L'Anomalie

Auteur : Hervé Le Tellier (1957-)

Éditions Gallimard, Coll. NRF


Noir, c'est noir. Outch !



La première rencontre est avec cette figure abjecte, repoussante, beurk beurk beurk !, de Blake, détestable mec mais écriture brillante.
Sitôt après cette entrée en scène qui ne rate pas son effet se pointe le gugusse aux contours assez flous qui a des accointances avec l'auteur himself, l'une d'elle étant qu'il est l'auteur à succès d'un livre intitulé... L'anomalie ! Le lecteur se trouve illico presto plongé dans les méandres d'un roman psychologique, roman dans lequel le personnage se persuade que "rien n'est moins tragique" que la mauvaise vente de ses livres et "qu'une désillusion est le contraire d'un échec". Qu'est-ce que ce virage sur l'aile ? Ne se jouerait-on pas de moi, par hasard ?



C'est le même gars, là, sur la photo ? Le même qu'en haut ? Ah ben ça alors...

Qui déboule ensuite ? C'est cette femme fatale, hyper froide, femme-glaçon, femme pressée et efficace de Lucie, la monteuse d'hommes et de films.
Le suivant, quatrième personnage, est précédé par cette phrase-laser, cette phrase-serpent, cette phrase musicale qui siffle et qui chuinte avec ses allitérations, cette phrase qui claque et se referme comme un piège avec son implacable forme ABBA. Clac ! F-i-fi, n-i-ni ! FINI !

Un personnage égale un genre littéraire égale un style d'écriture. Et deux personnages identiques ? Est-ce possible ? X peut-il cohabiter avec X ? Pour survivre, X doit-il tuer X ?
Guidé, pressé, secondé, filé, cornaqué par tous ces personnages et ces embryons de genre, le lecteur (moi, toi, moi et toi, et lui aussi, l'autre lui et l'autre encore, le 3e, ouh la la...) est subrepticement et irrémédiablement entré dans la SF. En sortira-t-il vivant ?

Brillant, brillant, brillant. Michel a adoré et l'a offert à nos trois filles. L'oulipisteur Hervé Le Tellier a été plébiscité, son livre enflammant le public, fulgurante trainée de poudre, énorme succès tout à fait mérité. De mon côté, je salue l'écriture, je salue le jeu littéraire, le jeu mathématique souterrain, les niveaux multiples, l'histoire, le rythme, l'audace, le ficelage, le staccato. Ce livre ne m'a cependant pas fait pousser des cris de joie, la cause n'étant pas du tout une affaire de qualité mais une affaire de goût et comme m'avait dit Tiphaine enfant : "Maman, chacun son mauvais goût". Pan sur le bec !

Grâce aux liens suivants, vous découvrirez des présentations très intéressantes de cette oeuvre qui a reçu le prix Goncourt et de multiples autres prix.


https://www.franceculture.fr/oeuvre/lanomalie









Vous trouverez dans le lien ci-après l'interview de 7'45'' que Hervé Le Tellier a donnée à France Inter en 2011 à l'occasion des cinquante ans de l'Oulipo, l'Ouvroir de Littérature Potentielle : https://www.dailymotion.com/video/xgc95q
Vers 6', il parle de la contrainte que l'on peut se donner pour faire entrer des personnages dans une histoire.

Vous trouverez dans le lien ci-après la troisième partie de l'émission "Des papous dans la tête" du 7 juin 2008, donnée par la fameuse troupe dont faisait partie Hervé Le Tellier : https://www.dailymotion.com/video/x6a2de



Et là, enfin, l'écrivain et son double embusqué (celui qu'il convient de tolérer, ou d'éliminer ?)


Connemara

Auteur : Nicolas Mathieu (1978-)

Éditeur : Actes Sud


Michel qui avait lu ce roman souhaitait que nous puissions échanger à son propos. Bien que je n'étais pas très encline à m'exécuter, redoutant la fameuse écriture relâchée, la manière orale sans style ni tenue qui m'agace voire me décourage de manière rédhibitoire, j'ai ouvert le livre. Et bien m'en a pris.

Après avoir été rebutée par quelques tournures de la trempe que je déteste et qui m'horripile - mais c'était moi qui étais aveuglée par mes a priori, n'ayant pas encore compris que l'auteur employait le style indirect libre -, je suis entrée dans l'histoire. Les personnages et les trajectoires ne m'ont plus lâchée. Nicolas Mathieu, en très fin observateur de la société actuelle, ses dérives, ses impasses, son jeu de dupe, ses gagnants sans scrupules et ses laissés-pour-comptes, a beaucoup d'attention non seulement en général sur ses contemporains mais également sur les habitants de sa région de naissance, sur les tics et les tocs de notre société hystérique de ses consultants, ses hommes politiques, ses assoiffés de pouvoir, hommes qui confisquent la place pour eux seuls. On patauge dans le marasme dégoûtant du langage administratif passe-partout, prêt-à-employer, prêt-à-banaliser, prêt-à-spolier.
Le lecteur fait ainsi la rencontre d'une femme issue de la classe moyenne et qui, munie d'un cerveau bien ordonné doué pour les études, a réussi à assimiler les codes de la caste dominante sur les plans économique, social et culturel. Adolescente, elle était, comme toutes les filles de sa classe et probablement du collège, amoureuse de la star masculine locale de hockey sur glace. Lui s'est laissé peu à peu dériver jusqu'à finir par être l'un des innombrables anonymes de la classe des perdants. 

Le livre mène de front deux temporalités, celle du passé avec les minuscules et grandioses événements de l'adolescence racontés au présent comme si l'on ne pouvait pas s'extraire de ce moment fugitif, passionnant et cruel, et le présent des adultes revenus de leurs illusions et tentant de construire quelque chose d'autre,  les trajectoires des uns et des autres se (re)croisant, avec des verbes conjugués au passé, à ce qui n'a déjà plus (beaucoup) d'existence, ce qui est refroidi.

Après un commencement tambour battant, le livre réussit réussit l'exploit de ménager un crescendo irrésistible et implacable, jusqu'au climax du mariage, moment de tous les sommets et de toutes les chutes. Chut ! Je n'en dis pas plus sur ce point.
Chaque personnage a un relief remarquable, y compris les seconds rôles, celui de la stagiaire étant particulièrement inoubliable. Mais sont également inoubliables les tragédies qui se jouent lors des match de hockey, les scènes multiples avec les uns et les autres. Des mois après avoir lu ce livre, j'ai l'impression d'avoir connu ses personnages, mes impressions de lecture sont restées très vivaces, comme si j'avais moi-même vécu ce qui est raconté.

Après tout cela, bien sûr, je vous recommande ce livre qui, en plus d'être un roman haletant, nous en dit long sur notre société.
Au fait, pourquoi Connemara ? Éh, éh...


Connemara", dernier roman du Goncourt Nicolas Mathieu : la ...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Mathieu_(écrivain)

Voici une très belle présentation de ce livre dans le blog littéraire "En attendant Nadeau" : https://www.en-attendant-nadeau.fr/2022/03/02/sans-amour-nicolas-mathieu/


samedi 31 décembre 2022

Les sacrifices de Nari

Auteur : Ylanë Maÿvis

Traduction de Nicolas Jolie

Tout juste publié, à compte d'auteur, sur .... Amazon... (chut !)

Je vous propose ici de la lecture facile, de la lecture délassante. 

Nicolas Jolie se présente comme le traducteur du travail d’Ylanë Maÿvis, mais celle-ci sort tout droit de l’esprit du premier. On a déjà vu ce genre de stratagème...

Je suis tombée sur ce joli petit contre philosophique lors de l’un de mes vagabondages sur internet, que je crois libres, mais qui sont en fait téléguidés par des algorithmes et ceux qui les possèdent.
Ce conte est joli par son contenu, et le mouvement qui en anime la narration. Ce conte s’adresse à tous ceux qui aimeraient que le monde soit plus beau, et se demandent pourquoi et comment nous persévérons dans son enlaidissement. Ce conte est original, on y trouve de la finesse.
Par contre, l’enveloppe du conte, son style, bien que faisant preuve d’humour, et d’invention (création de mots et d’objets technologiques intéressants, titres aux chapitres), n’en est qu’aux balbutiements de sa personnalité (une personnalité portée sur le ton sarcastique).
Dépasser sans hésiter le début un peu laborieux. 

Critique d'Ani (merci, Ani !)

J'ai trouvé cette image : 

Les sacrifices de Nari par Maÿvis





vendredi 30 décembre 2022

Le Pain des rêves

 Auteur : Louis Guilloux (1899-1980)




De Louis Guilloux, j'avais déjà lu l'incandescent, l'explosif, le sombre-sombre et sombrement révolté Le Sang noir qui, plus de 13 ans après cette expérience, réussit l'exploit de maintenir intacte l'impression de vif-argent, de décharge électrique. De façon très différente, opposée même, ce roman est également inoubliable. L'auteur y recourt à un autre élément de sa biographie, celui de son enfance misérable dans un Saint-Brieuc miséreux. Évoluant dans la cour des crève-la-faim, la première partie met le personnage du grand-père au premier plan, un personnage qui ne quittera plus votre mémoire. Aux antipodes, une belle-soeur (est-ce une cousine ?), une femme qui veut être du monde, un personne fantasque, fascinante et irritante, sillonne la deuxième partie qu'elle illumine et fait pétarader par ses lubies, excentricités, décisions et caprices. Au milieu de la cour des miracles puis de l'appartement en hauteur, le petit garçon grandit, avec ses yeux rêveurs, son intelligence et sa sensibilité à pleurer. On traverse tout, le déchirement de la pauvreté et de son injustice à hurler, l'exaltation de l'amour, la fébrilité du défilé, le délire du spectacle dans la salle des fêtes municipale. Mon Dieu, mon Dieu, quelle tendresse, quelle joie malgré la difficulté quotidienne, et quelle écriture, quelle écriture, quelle écriture ! 
Mona Ozouf évoque avec autant de pudeur que d'admiration Louis Guilloux dans son merveilleux Composition française. Malgré tout, on ne parle pas assez de Louis Guilloux et on ne lit pas assez Louis Guilloux. Lisez Louis Guilloux, lisez Louis Guilloux.


Grâce à ce lien, vous pourrez (ré)entendre la masterclass de Mona Ozouf justement, dont j'espère que vous avez lu Composition française.

Grâce à ce lien, vous pourrez (ré)entendre l'émission consacrée à Louis Guilloux en novembre 2022 :

Voici une autre émission consacrée à l'écrivain, sur France Inter :

Mathieu Garigou-Lagrange a consacré toute une série de son émission "La compagnie des auteurs" à Louis Guilloux en septembre 2017. Voici le lien : 


Louis Guilloux - ©Succession Louis Guilloux