“A quoi sert d’être cultivé ? A habiter des époques révolues et des villes où l’on n’a jamais mis les pieds. A vivre les tragédies qui vous ont épargné, mais aussi les bonheurs auxquels vous n’avez pas eu droit. A parcourir tout le clavier des émotions humaines, à vous éprendre et vous déprendre. A vous procurer la baguette magique de l’ubiquité. Plus que tout, à vous consoler de n’avoir qu’une vie à vivre. Avec, peut-être, cette chance supplémentaire de devenir un peu moins bête, et en tout cas un peu moins sommaire.”

Mona Ozouf, historienne, auteur de La Cause des livres (Gallimard)


Existant grâce à une idée de Nicolas I, à l'aide avisée de David, Michel et Nicolas II (merci à ces quatre mousquetaires !), ce blog permet de proposer et partager des lectures. Après une rage monomaniaque autour de la nouvelle, le blog tente une percée en direction du roman-fleuve. Ce genre fera l'objet d'une rencontre amico-littéraire à une date non encore précisée. D'ici là, d'ici cette promesse d'ouverture, écoute et échanges, proposons des titres, commentons les livres déjà présentés, dénichons des perles, enrichissons la liste conséquente des recueils de nouvelles.


Chers amis, chers lecteurs gourmands, je loue et vous remercie de votre appétit jubilatoire sans quoi cette petite entreprise serait vaine.

Bonne lecture à tous et à bientôt pour de nouvelles aventures !
Isabelle

mercredi 21 septembre 2011

Les Vitamines du bonheur

Auteur : Raymond Carver (1938-1988)

Traduit de l'américain par Simone Hilling
Editions de l'Olivier / Le Livre de Poche, collection biblio roman


Outre la musique des mots et de temps en temps, le vertige du sens, la lecture d'un livre de bibliothèque procure le plaisir de toucher, caresser le papier, de se laisser attirer par une couverture et parfois s'abîmer dans la contemplation d'une photo. Celle qui orne la couverture de ce livre de poche m'a obnubilée. Des travailleurs fixent l'objectif. Bien que lointains, leurs regards sont pénétrants. Ils interrogent, interrogent et interrogent encore. Quelles questions me posez-vous ? Que voulez-vous me dire sur moi ?
Les nouvelles interrogent également. Ces nouvelles empoignent leur lecteur avec des scènes paraissant tout d'abord insignifiantes. Ces bouts de vie, bouts dérisoires, bouts terriblement triviaux ou burlesques, ouvrent un abîme, questionnent sur le sens de la vie, sur ce puits sans fond, ce puits vertigineux.
Les personnages, hantés par les questions obsédantes ou par l'absurdité apparente de leur existence, ont très souvent des relations malsaines avec l'alcool. Tout part, tout fuit, la jeunesse, la beauté, les sentiments. Et pourtant l'espoir n'est jamais tout à fait absent, ne serait-ce que par le regard que porte l'auteur, même si acéré, regard d'une intense humanité. Une fois de plus, c'est par le style que ce livre nous bouscule et nous élève. Un absolu régal .



http://eireann561.canalblog.com/archives/2011/02/16/20382307.html

Du 9 au 12 septembre a eu lieu une série de quatre numéros consacrés à la littérature américaine dans cette excellente émission "Les nouveaux chemins de la connaissance". Voici ci-dessous le lien de celle, passionnante, du mardi 10 centrée sur Raymond Carver.
http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-de-la-litterature-en-amerique-24-raymond-carver-201

mercredi 31 août 2011

La mer de la fertilité

Auteur : Yukio Mishima (1925-1970)

Traduit de l'anglais par Tanguy Kenec'hdu
Editions Gallimard

Le temps presse pour vous présenter les romans afin d'opérer par le vote de chacun de nous le choix des trois retenus pour la rencontre. Aussi, j'utilise des extraits ou des présentations externes.

Quatre en un
La mer de la fertilité, testament littéraire de Mishima, réunit quatre romans qui couvrent l'histoire du Japon de 1912 à 1970, sur quatre générations : "Neige de printemps", "Chevaux échappés", "Le temple de l'aube" et "L'ange en décomposition".

'Et pouvez-vous dire avec certitude que, tous les deux, nous nous sommes déjà rencontrés  ?
- Je suis venu ici il y a soixante ans.
- La mémoire est comme un miroir fantôme. Il arrive qu'elle montre des choses trop lointaines pour qu'on les voie, et elle les montre parfois comme si elles étaient présentes.
- Mais si, dès le commencement, il n'y avait pas Kiyoaki... "Honda tâtonnait à travers un brouillard. Cet entretien ici, avec l'abbesse, semblait à moitié un rêve. Il parlait à haute voix, comme pour recouvrer le moi qui s'éloignait comme les traces d'une haleine à la surface d'un plateau de laque. 'S' il n'y avait pas Kiyoaki, il n'y a pas eu non plus Isao. Il n'y eut pas Ying Chan, et - qui sait - peut-être n'y a-t-il pas eu moi.' Pour la première fois, il y avait de la force dans les yeux de l'abbesse. 'Cela aussi est tel que dans le coeur de chacun.'
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Mer_de_la_fertilit%C3%A9

http://www.plathey.net/livres/japon/mishima.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Yukio_Mishima

Impasse des deux palais / Le Palais du désir / Le Jardin du passé

Auteur : Naguib Mahfouz (1911-2008)
Prix Nobel de littérature en 1988

Traduit de l'arabe par Philippe Vigreux
Editions Le Livre de poche

Je n'ai pas encore lu ces trois volumes et me sert des quatrièmes de couverture pour vous présenter ce trio.
C'est dans les rues du Caire que Naguib Mahfouz, le "Zola du Nil", a promené son miroir et capté toutes les facettes d'une société égyptienne en pleine évolution. Trilogie sur l'Egypte à la fin de la période britannique. L'auteur nous fait vivre dans l'intimité d'une famille bourgeoise musulmane du Caire. Dimension politique : "nationalisme vibrant" plus "réformisme social" Les deux premiers tomes couvrent la période 1920-1935. Le troisième traite de l'effort final de l'Egypte pour se dégager de la tutelle britannique, entre 1936 et les lendemains de la Seconde Guerre mondiale.

Une belle critique se cache sur le lien suivant :

On trouve une belle présentation de cette trilogie dans le blog suivant. Il faut chercher à Littérature du Maghreb.
http://passiondeslivres.over-blog.com/categorie-221838.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Naguib_Mahfouz

Le siècle des nuages

Auteur : Philippe Forest (18 juin 1962)

Editions Gallimard


Ainsi donc un fils qui n'a jamais posé de questions à son père, son père étant arrivé à la fin de sa vie, étant mort même, écrit un livre à la mémoire de ce père aviateur, un livre relatant ce que fut l'exaltant et ignoble 20e siècle à la lumière de l'aventure aéronavale.
L'auteur tricote patiemment les bribes de souvenirs et des rares confidences paternelles avec les faits tangibles de la grande Histoire pour composer ce livre inclassable. Roman, oui sans doute, mais aussi monument d'amour. Monument d'amour et de piété filiale, oui assurément, mais encore réflexion philosophique sur le temps qui passe et qui efface, sur la mémoire, sur le sens de la vie et de la mort, sur l'impossible vérité des mots et du récit.
Ce livre m'a fait irrésistiblement penser au Thomas Mann de La Montagne magique par cette manière de revenir encore et encore sur le fait et surtout sur l'abîme de réflexions qu'il inspire. Je suis particulièrement sensible à cette écriture du vertige et du creusement en ce qu'elle témoigne du souci d'honnêteté et de profondeur de l'auteur.
Outre Thomas Mann, Le siècle des nuages m'a également fait penser à ce monument d'Amos Oz, Une histoire d'amour et de haine, par ce besoin irrépressible de mettre tout son talent, sa pudeur et son impudeur pour raconter l'épopée de la famille de l'auteur.

Une fois encore -quel plaisir troublant !-, j'ai compris que je lisais le bon livre au bon moment et au bon endroit. Alors que Philippe Forest en était à parler du lieu de vie de son père toujours parti et qu'il avançait l'idée que son père habitait dans les nuages, dans la beauté fulgurante des nuages au coucher du soleil, le soleil se couchait. Du 12e étage de l'immeuble de Berlin situé sur Alexanderplatz dont nous louions un studio pour la semaine, je levai la tête pour supporter la magnifique poésie des mots de l'auteur, souffler un peu, permettre à l'émotion de retrouver son lit. Je vis alors un avion décoller de l'aéroport berlinois puis traverser une ondulation de nuages orange et violine beaux à couper le souffle.

Moi qui suis sensible au style, je me suis pourléché les babines de cette écriture qui m'a semblé ciselée pour exprimer le meilleur. Ce Philippe Forest, c'est l'intelligence et le coeur réunis. Quel bouleversement que ce livre... Plus d'une semaine après l'avoir terminé, j'ai du mal à commencer autre chose.

N'hésitez pas à écouter Philippe Forest (premier lien). J'aime aussi particulièrement le 2e lien malgré l'injonction de son titre.
http://www.dailymotion.com/video/xe2mmu_philippe-forest-le-siecle-des-nuage_news

http://www.dailymotion.com/video/xe1isj_ce-qu-il-faut-lire-le-siecle-des-nu_creation

http://wodka.over-blog.com/article-philippe-forest-le-siecle-des-nuages-56336250.html

http://www.telerama.fr/livres/philippe-forest-le-siecle-des-nuages,59086.php

http://www.franceculture.com/oeuvre-le-siecle-des-nuages-de-philippe-forest.html

http://www.lexpress.fr/culture/livre/extrait-du-siecle-des-nuages-par-philippe-forest_905224.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Forest



mardi 30 août 2011

Le déclin de l'empire Whiting

Auteur : Richard Russo (15 juillet 1949)

Traduit de l'américain par Jean-Luc Piningre
Editions 10/18

Roman-fleuve, ce livre l'est à double titre. Par la définition que nous en fîmes, à savoir une oeuvre d'une longueur certaine portant sur au moins deux générations de personnes ou sur au moins deux âges de la vie d'un des personnages, mais aussi par la situation géographique de la petite ville d'Empire Falls de part et d'autre du fleuve Knox dans l'état du Maine.
Après avoir été florissante, la cité d'Empire Falls décline inexorablement, entrainant dans sa chute -voire dans ses chutes, car il semble que l'auteur affectionne les correspondances et les symboles- l'ensemble de ses habitants.


Il m'a semblé que cette oeuvre était trop ambitieuse. Trop de desseins, trop de pistes. D'où une certaine fragilisation de la structure et une perte d'énergie vitale. Richard Russo brosse d'une part un tableau sociologique de la ville et de son évolution depuis la fermeture des usines. Il s'emploie d'autre part à suivre le parcours personnel d'une multitude de personnages, fouillant le passé et les ressorts psychologiques de chacun, Miles tout d'abord, figure centrale autour de laquelle est bâti le récit, sa fille Tick, son ex future-femme Janine, son frère David, son amour de toujours Charlène, sa mère Grâce, son père Max, l'insupportable et caricaturale Madame Whiting, figure dominante et tyrannique, Cindy, la fille de cette dernière, Charles, son mari, mais encore les copains de Miles, ceux de Tick et certains de leurs parents, les deux prêtres, que sais-je... la liste n'étant pas finie ! Enfin, le livre est également la trop lente découverte de l'histoire d'amour entre Grâce et Charles Mayne.
Cette triple cible aboutit à une oeuvre multicéphale qui s'essouffle dans trois directions concurrentes, paralysant la vigueur du magnifique et très prometteur prologue. Les personnages ne semblent de plus pas pouvoir évoluer, coincés dans un schéma immuable, ce qui ajoute au poids des fréquents flash-back et du tonnage trop conséquent déjà évoqué. Le tonus manquant ne viendra pas de la chute gentiment happy.
Il reste que le livre est un fascinant portrait de l'Amérique profonde des semaines précédant le 11 septembre. Une Amérique cruelle qui exclut et qui tue au hasard.
Immense succès aux Etats-Unis auprès du public comme de la critique, élu Roman de l'année par le magazine Time, ce livre a reçu le prix Pulitzer en 2002.

On trouve des critiques intéressantes sur le site ci-dessous :

vendredi 29 juillet 2011

Belle du Seigneur

Auteur : Albert Cohen (1895-1981)
Prix Nobel de littérature

Editions Gallimard
Je tiens à dire, que si je n’ai pas rampé à reculons pieds et poings liés pour entrer en possession de ce roman, je partais malgré tout avec, disons…une très légère méfiance, oh évidemment, rien de bien méchant, pas plus lourd qu’un nuage de lait dans une tasse de morning tea, mais tout de même, un tantinet de…scepticisme. Voilà, je cherchais le mot ; scepticisme.
Oserai-je le dire ? Je tremble à la pensée d’une armée de fidèles de l’auteur du Livre de ma mère ou de Mangeclous, prête à pointer vers moi un index rageur et accusateur en me taxant d’hérésie. Pourtant, force fut de constater, à la lecture du Livre de ma mère au cours de cette année, que mon premier contact avec Albert Cohen était…navrant. Que dire ? Un excès de lyrisme que je qualifierais de désagréablement baroque, puisque confit dans une sentimentalité élégiaque et monocorde, et un portrait-hommage à la figure maternelle que je jugeai agaçant car trop marqué de condescendance. Oui, appelons un chat un chat ; ma première rencontre avec ce cher écrivain fut un échec, et des plus cuisants.
Néanmoins peu désireuse de rester sur une idée aussi piètre de cet auteur ô combien prisé par ailleurs par les gens de ma classe (voilà où le bât blessa, entre autres ; est-ce que par hasard, je me découvrirais une bêtise et une grossièreté qui m’empêcheraient d’apprécier ce petit bijou à sa juste valeur ? Ô, méandres existentiels !), je décidai donc de m’attaquer à ce super pavé d’allure follement émoustillante qu’est Belle du Seigneur.

Dès les premières pages de Belle du Seigneur, je souris. Le lyrisme époumoné et titanesque que transpirait chaque page du Livre de ma mère m’explose dans les yeux, avec l’introduction du héros, Solal, « beau et non moins noble que son ancêtre Aaron, frère de Moïse (…) soudain riant et le plus fou des fils de l’homme, riant d’insigne jeunesse et amour, soudain arrachant une fleur et la mordant, soudain dansant, haut seigneur aux longues bottes, dansant et riant au soleil aveuglant entre les branches, avec grâce dansant (…) ». Le ton est donné, et roule ma poule.
Avec Belle du Seigneur, c’est un concentré de passion pure (845 pages) que nous livre Albert Cohen. A l’inverse des habituelles intrigues amoureuses que nous offre la littérature contemporaine, où un peu de passion se dilue généreusement dans des litres et des litres de raison, de considérations diverses et de concours de circonstances, nous sommes ici en face d’un curieux objet ; une sublimation paroxysmique de la ferveur amoureuse, une louange sombre à l’incompatibilité de l’aspiration humaine à un Absolu avec le quotidien. Autant de concepts qui, dans nos sociétés plongées dans un coma sentimental permanent, tendent à nous être de plus en plus étrangers. En effet, traversant les pages de ce roman d’un incroyable souffle, Ariane et Solal, les deux amants ô combien beaux, riches et ô combien épris d’Absolu, se cherchent, s’entre-subliment, subliment leurs corps et leur histoire et s’entre-dévorent. Eperdus l’un de l’autre, ils sont d’abord emportés par les tourbillons de l’ivresse amoureuse, qui les grise et les sort de leur monotonie -Ariane s’évade d’un mariage terne et malheureux, Solal goûte à l’amour vrai et s’abandonne à ce bonheur... Les préparatifs pharaoniques qui précèdent dans la belle maison sous les roses la venue de l’amant, sont une immersion dans la folie d’une âme sans réserve possédée par l’amour. Cohen nous offre les délires savoureux d’êtres qui ne respirent plus que par le souffle de l’autre, qui n’existent plus que par le regard de l’autre, jusqu’à un point de démesure parfois grotesque. Pourtant, on ne rit pas de cette démesure ; mais l’on s’accroche anxieusement à cette histoire comme le font les personnages, et l’on s’inquiète de leur devenir. En effet, passés les premiers temps de la découverte insoupçonnée et extraordinaire de la vie et de la passion, les deux amants qui ne soupçonnent encore rien de cette lassitude prochaine, décident de prendre la fuite ensemble. On ne peut que s’attendre à ce qui va suivre ; refusant pour toujours d’être autre chose que des amants sublimes, abhorrant à jamais tout ce qui ne leur semble pas chimiquement pur au sein de leurs rapports, Ariane et Solal, lentement, se brisent l’un contre l’autre. Refusant farouchement le quotidien, s’enfermant dans une bulle d’amour aveugle et se coupant du reste de l’humanité pour pouvoir jouir pleinement l’un de l’autre, ce couple vient bientôt à manquer d’air, à s’asphyxier. Ayant pour aspiration une folie ; celle de ne jamais se contenter de n’être qu’humains, mais dieux l’un pour l’autre et l’un de l’autre toute une vie durant, ils s’embarquent sans le savoir, dès lors qu’ils prennent la décision de fuir ensemble, vers un naufrage lent et certain.

C’est un roman profondément désabusé et amer que nous offre ici l’auteur de Solal, qui tourne et tourne autour du thème de l’amour, qui l’infiltre, le tourne, le retourne, le dissèque, en bat les coutures invisibles et l’analyse avec une impressionnante finesse, remarquablement soutenue par un souffle épique. On retrouve ce pessimisme et cette ironie qui engourdit les pages de son autobiographie, Le livre de ma mère. Est-ce qu'avec Belle du Seigneur, c'est avant tout « une fresque de l’aventure éternelle de l’homme et de la femme » inspirée de sa propre histoire que Cohen veut nous livrer, ou est-ce tout bonnement un autre penchant de son oeuvre autobiographique qu’il développe et romance afin d’en généraliser le sens et d’en faire une épopée de l’amour ? En effet, si certaines descriptions d'Ariane renvoient très explicitement à la description du personnage de Diane dans Le livre de ma mère, on retrouve également des similitudes entre le personnage de Solal et l'auteur, comme son travail à Genève ou la question de son judaïsme, extrêmement développée dans ces deux livres. Quoi qu’il en soit, ce roman reste un objet saisissant, perturbant, corrosif même pour le cœur et l’esprit.

Cela dit, André Gide ne disait-il pas « J’appelle un livre manqué celui qui laisse intact le lecteur » ?

mardi 12 juillet 2011

Tout le cimetière en parle

Auteur : Marie-Ange Guillaume

Editions Le Passage

La couverture, d'une rare laideur, ne m'aurait jamais incitée à rentrer en possession de ce livre. J'ai été conseillée par l'une des libraires de ce cher Gwalarn, qui venait de parcourir cette nouveauté sortie en mars dernier.
La première nouvelle m'a fait beaucoup rire, éclater en petits soubresauts incontrôlables. Tiphaine aussi. Et puis plus rien, rien sinon la lassitude voire l'irritation d'un style unique repris encore et encore, usé jusqu'à la corde. Un style tyrannique qui impose d'écrire comme on parle, et comme on "jacte" de manière très relâchée, en abusant des termes argotiques voire vulgaires. Un style qui s'épuise de lui-même en deux temps trois mouvements.

J'ai laborieusement avalé le recueil en deux soirées, souhaitant m'en débarrasser au plus vite. Sans doute, ce genre d'écriture permet à certains de ne pas avoir peur de la lecture, de ne pas se sentir à l'écart de l'écrit, pan de la culture encore souvent synonyme d'une tenue minimale. De mon côté - je prends ici le risque d'être malicieusement taxée de snobisme par mon beau-frère David-, sans verser dans le classicisme rigoriste, j'ai besoin d'une allure certaine, mélange de ligne et de fantaisie courbue et débridée. Je ne sais malheureusement plus qui disait que la question du style est subversive et révolutionnaire mais j'approuve cette affirmation.

Mettant délibérément la forme de côté, voyons ce qu'il en est du fond. Marie-Ange Guillaume effectue des variations désinvoltes sur le thème de la mort. Thème intéressant s'il en est. Thème essentiel. L'effroi ressenti par l'auteur est contagieux. Ni la vie ni la mort ne semblent avoir de sens. La misanthropie fait rage. Les humains n'arrivent pas à la cheville des animaux et le monde est vu d'un regard triste, engrisaillé, désabusé. Dans cette redoutable moulinette, les visions iconoclastes tournent court exceptées celles du premier texte qui prend la mort à bras-le-corps avec un humour grinçant et rafraîchissant. Celui-ci vaut la peine d'essayer de trouver le recueil en bibliothèque.

http://www.evene.fr/livres/actualite/marie-ange-guillaume-faire-enfants-ailleurs-panama-447.php

Manu Larcenet, auteur fétiche de Tiphaine l'amatrice de BD, a été conquis par ce recueil. Voici ci-dessous son incitation à le lire :
http://www.manularcenet.com/blog/articles/5453/tout-le-cimetiere-en-parle